samedi 19 novembre 2016

Résilience

+ 18 ans - ATTENTION - Ce récit contient des images 
et phrases pouvant choquer le lecteur. + 18 ans


Ceci est mon premier article sur ce blog. Peut-être le seul, ça dépendra des retours que j'aurais dessus. Je voudrais vous raconter mon expérience. Celle d'une jeune fille qui a vu sa confiance se dissiper au fil des années suite à des relations amoureuses. Mais qui aujourd'hui se bat pour montrer qui elle est vraiment : un être humain qui veut réussir dans la vie.
 



J’avais 17 ans. C'était mon premier rapport avec un homme, il m'a mise en confiance, je l'aimais. Lorsque nous sommes passés à l'acte, j'ai eu mal, et le souffle coupé. J'ai vu que j'avais perdu un peu de sang, lorsque je suis allée aux toilettes. Il était fier, il m'a tiré les joues en me disant « Ooh tu n'es plus vierge ! ». Il m'avait dépucelée et il en était heureux.

Mais notre relation allait mal. Et pendant que je luttais pour sauver notre couple, il avait repris contact avec une ancienne amie, pour qui il décida de me quitter. « elle sourit plus que toi ».


Les mois ont passé, durant lesquels j'essayais de sortir de la dépression provoquée par cette rupture.
Je suis retombée amoureuse, d'un garçon de ma classe. Au bout d'une semaine il a voulu passer à l'acte. J'étais anxieuse, mais après tout, pourquoi pas.

… Et si ça faisait mal, à nouveau ?


Ce fut le cas... Il n'arriva même pas à me pénétrer. C’est là que j’ai découvert l’existence du vaginisme.

Le vaginisme… Certaines filles ne voudront pas en parler. Parce que c'est un sujet tabou. Parce que c'est leur intimité. Parce que ça les rend malade.
Parce que ça leur gâche la vie, et qu'elles ont l'impression d'être seule au monde. Qu'elles ne savent pas comment y remédier.

Un vaginisme, c'est un traumatisme moral qui se répercute physiquement. Il peut arriver après un rapport sexuel douloureux, mais également par la peur de la « première fois ». Les muscles vaginaux se contractent violemment et involontairement alors ça bloque et ça fait très mal. A partir de là, absolument aucune pénétration n'est possible.

Si la personne concernée par le vaginisme n'est pas aidée, alors ça peut la ronger pendant des années. Parce qu'au fil du temps, elle perd confiance en elle. Elle se sent minable, elle se sent incapable. Et le manque d'attention, de retours de la part du conjoint, risque d’aggraver la situation.
C'est un énorme travail sur soi qu'il faut faire. Mais également un travail de couple.



J'étais sa première copine, il avait grandi avec les pornos, il ne savait pas comment il fallait s'y prendre. Frustré, il rejeta la faute sur moi et se plaignit aux garçons de la classe. Je lui apprenais ce qu'étaient les préliminaires, mais lui n'avait qu'une chose en tête : plaisir par pénétration. J'étais en colère. C'est mon corps, je lui disais « non ! » alors il repartait en râlant, et il me faisait culpabiliser. Au fond… est-ce que c'était de ma faute, puisque j'avais ce blocage ?




Après un an de travail de mon côté et de remises en questions, j’ai consulté une sexologue. Elle m'a aidée à comprendre mon corps, à comprendre ses réactions. Elle me donna de très bons conseils, mais également des contraintes pour mon copain : il ne devait pas toucher mes parties intimes (entre-jambe et poitrine) tant que je ne me sentais pas bien avec moi-même.

Mais il refusait d'écouter.
Chaque semaine, il voulait son petit plaisir. Il disait que c'était en le faisant régulièrement qu'on progresserait. Il ne voulait pas comprendre mon ressenti. Et lorsque je disais non, il me faisait du chantage et me rabaissait, jusqu’à ce que je finisse par accepter. J'en suis venue à douter de moi-même. Est-ce qu'au fond c'était ça, les vraies relations amoureuses… ? Après tout, ce n'était que 40 minutes de douleur, si après ça il était heureux et qu'il me laissait tranquille, ça me convenait… Ou pas. Jouir de force parce qu'il utilise une main pour vous pénétrer contre votre volonté, et la deuxième pour se branler, ce n'est pas prendre du plaisir. Ce n'est pas une relation normale. C'est un viol. On ne doit pas tolérer ça.

Je faisais quelques progrès lorsque j'étais seule, de mon côté, mais la sexologue m'a fait comprendre que si je n'avançais pas davantage, c'était de sa faute… à lui.
« J'ai envie de le tuer » (sexologue, après un an de suivi)



C'était une relation devenue toxique. Au point que dès que mon copain s'approchait de moi, mon corps réagissait sous forme de défense. Sa présence était devenue insupportable (dans le sens premier du terme : à la moindre approche j'avais des maux de ventre, des pertes blanches abondantes à cause de la peur). Un jour où il voulu tenter la pénétration pour la énième fois, j'ai fondu en larmes. Il m'a alors posé un ultimatum :

« Je te laisse un an pour régler ton problème.
Si dans un an il est toujours présent, je te quitte ».


Autrement dit, c'était entièrement de ma faute. C'était mon problème, puisque ça venait de moi, de mon manque d'investissement. Lui il attendait en se masturbant dans son coin, pendant que j’essayais d'aller mieux. Et lorsque je lui faisais part de ma progression, il me disait « ben putain, on en est encore loin ».

Vous la sentez, l'estime de soi, qui baisse ? Qui fait une chute libre au fil des mois ? Au final, j'avais l'impression de n'être plus qu'une poupée gonflable qu'on attendait de pouvoir utiliser pleinement. En attendant, j'étais un objet défectueux.



Dès que j'étais loin de lui, je me sentais mieux. C'est dans ces conditions que j'ai préféré l'appeler pour lui demander de faire une pause. Il a hurlé « deux ans pour ça !! ». Il refusait puisqu'il n'avait pas eu sa pénétration. Mais il refusait également de changer de comportement. J'ai préféré mettre fin à notre relation. Il m'a souhaité bon courage pour retrouver quelqu'un, parce que « avec [mon] problème, ça va être très dur. [Il s'était] estimé très patient avec [moi] ». Patient, peut-être. Mais destructeur moralement, ça, c’était certain.


Entre temps, j'avais flashé sur un garçon que m'a présenté une amie. On parlait par internet depuis des mois, j'aimais sa manière de s'exprimer. Il était beau garçon. Très beau.


Cela faisait 9 mois qu'on se parlait, et nous nous sommes finalement rencontrés, peu après ma rupture. Il connaissait tout mon vécu. Il était choqué, il ne comprenait pas comment on pouvait se comporter ainsi avec une fille. Ca le déboussolait. On a fini par se mettre ensemble, débutant une relation à distance.

Avec lui je me sentais bien. Sa présence me mettait à l'aise. J'appréciais même rester nue, et regarder mon corps. Avant lui, l'idée de me contempler dans un miroir était impensable.

A ses côtés, je me suis sentie revivre. Je l'ai vu inquiet lorsque nous n'avons pas réussi à avoir un rapport avec pénétration, mais il n'a pas hésité à compenser, en s'assurant mon bonheur avant le sien. Et au final, nous nous comblions autrement. Son intervention dans ma vie m'apporta tellement de bien que j'eus l'envie de lui faire une bande dessinée afin de le remercier. Le titre est un clin d’œil à la toute première chanson qu'il me fit découvrir, Fear not this night, de Jeremy Soule.


Ne crains pas ce jour
(cliquez sur l'image pour découvrir la BD)

Malgré tout, par moment je me montrais inquiète. Il était ami avec beaucoup de filles, qu'il voyait régulièrement, avec qui il s'amusait et discutait plus qu'avec moi. Est-ce qu'il était amoureux d'une d'elles ? Il me rassurait, il disait que je ne devais pas m'inquiéter.

Mais mon estime de moi était si basse que je me sentais mal, jalouse. Lorsqu'il sortait les voir sans me prévenir, je me mettais à douter de lui, et de moi. Je me mettais à douter de ce que j’avais à offrir en tant que compagne. A mes yeux, je ne lui apportais rien, alors je me démenais pour être utile.

Me voir douter le rendait triste, alors j'essayais de faire un nouveau travail sur moi. J'avais peur de l'étouffer avec ma jalousie. Et j'avais peur de le perdre.


Le Qzine CULturel, un collectif évoquant les sujets tabous de l'érotisme, a publié un article qui s'intitule « l'amour ne suffit pas ». Il m'a beaucoup parlé, je me suis beaucoup retrouvée dedans. Et je pense que cela peut être une bonne chose pour tout le monde de le lire, et de revoir l'idée qu'on peut avoir du couple.


L'amour ne suffit pas
(le site n'est plus à jour)
 

Malheureusement, lui aussi n'allait pas bien. Il se sentait minable, parce qu'il ne trouvait pas de travail dans le domaine qu'il voulait. Il se prenait des remarques en pleine figure en permanence, notamment « prend exemple sur ta copine, elle, elle se donne à fond pour s'assurer un avenir ! ». Et au final, il se braquait.

Mais ça, il ne me l'a jamais dit. Lorsque je le voyais aller mal, il refusait de me dire pourquoi et il préférait s'isoler. Les rares fois où on en parlait, et que je lui proposais des idées, il refusait de les écouter.


Un jour, il rencontra une jeune fille, sur un site de jeu. Petit à petit, ils partagèrent de plus en plus de choses ensemble. Je la suspectais de trop l'approcher, mais je mettais ça sur le compte de la jalousie. J’ai pris sur moi, pour le croire. Et même lorsqu'on se disputa quand j'ai aperçu une photo de la fille nue sur son téléphone, j'ai tenté de le croire, lorsqu'il me disait qu'il ne comprenait pas pourquoi elle lui avait envoyé ça (et qu'il avait arrêté de lui parler). Il me demandait de lui faire confiance, qu'il ne me cachait rien, et qu'il fallait que j'arrête de douter. Evidemment que je lui demandais où il allait le soir, pourquoi il ne me répondait plus, pourquoi il me raccrochait au nez. Je faisais de mon mieux pour qu'il me parle de ce qui lui pesait. Je pensais être devenue parano.

Le temps passa, et nous progression de plus en plus au lit. Il est venu passer une semaine entière chez moi, et après deux ans à ses côtés, nous avons enfin pu le faire. Nous avions réussi : mon vaginisme était parti, miracle… !


Malheureusement, le soulagement fut de courte durée.
A peine rentré chez lui, quelques heures après l'acte, il m’annonça qu’il me quittait. Il flirtait avec la jeune fille de la photo depuis longtemps. Après quelques mois à flirter par internet, ils s'étaient rencontrés et avaient commencé à sortir ensemble, à coucher ensemble… Cette relation avait duré des mois et à présent, elle lui avait ordonné de choisir avec laquelle de nous deux il voulait être.

A peine avait il réussi à faire l’amour avec moi, qu’il me quittait pour elle. Je vous laisse imaginer ma peine et le sentiment de trahison.


Avant de connaître les détails de la tromperie, je lui avais proposé de faire une pause de 3 ans, afin qu'il puisse satisfaire sa curiosité avant de se poser définitivement.

Il m'avait dit qu'il fallait qu'on se voit. Qu'il devait me dire des choses qu'il aurait dû me dire depuis déjà de nombreux mois. De vive voix.





Il ne semblait pas réaliser les conséquences de son attitude sur mon estime personnelle.
Il voulait qu'on reste amis, qu'on poursuive nos projets professionnels et artistiques en commun. Il voulait toujours faire partie de la bande. Il espérait revenir vers moi « si ça ne marchait pas avec elle ».
Je lui avais dit que c'était impossible, s'il la choisissait elle. Tout simplement parce que moi aussi, j'ai un cœur.

Et qu'il souffre.


Lorsqu'on s'est revus, il m’a donné des détails sur sa relation avec cette autre jeune fille. Au téléphone, il m’avait dit espérer qu’on lui colle une gifle, qu'on le secoue pour qu'il se reprenne en main ! Mais il était déjà trop tard, puisqu'il ne communiquait pas par rapport à ses actes et ses doutes.


Quand j’ai réalisé qu’il me trompait depuis près d’un quart de notre relation, me disant que j’étais paranoïaque, que je devais lui faire confiance… Je n’ai pas pu résister à l’envie de le frapper.



Je me retournais vers mes deux meilleures amies qui m'avaient accompagnée, ce soir-là. Et là… J'ai senti son coup. Je ne pensais pas qu'il me frapperait en retour.

Devant la foule qui l'empêchait de partir, il s'est fait passé pour la victime. « elle m'a frappé la première ! », tandis que des personnes m'aidaient à me relever. J'étais sonnée. Lorsque j'ai rouvert les yeux, j'étais à terre, plus loin. J'ai longtemps regardé mes mains en réalisant ce qui venait de se passer.

(si vous voulez avoir une version plus complète de cette soirée, je vous invite à lire la version de Loup, qui a fait la BD de son point de vue).


" Crains ce jour "
(cliquez sur l'image pour découvrir sa BD)


Les jours suivants, je suis restée en état de choc. Mon cerveau a essayé de nier les faits, de se dire que mon ex allait mal, et qu'il s'est égaré. Il fallait me hurler dessus pour me faire comprendre la réalité. Il fallait que je me touche la mâchoire pour sentir la douleur du coup de poing, pour comprendre que oui, ça s'était réellement passé. Je me cachais pour hurler de désespoir.


Au fond, il m'avait quitté après avoir réussi son affaire avec moi. Et au final, m'avait-il également quitté parce que justement, il n'avait pas pu le faire plus tôt, à cause de mon problème ?





Je ne suis ni trophée. Ni un morceau de viande à choisir parmi d'autres. Ni une roue de secours.

Je suis moi. Je suis humaine. J'ai un ressenti et un vécu.


Au final, j'ai passé 2 ans à montrer mon amour pour un homme, pour qui j'étais reconnaissante de m'aimer malgré mon vécu. Pour finalement me faire remplacer avant même la fin de notre relation.

Je lui avais offert pleins de petites attentions, juste par envie de lui offrir, sans rien attendre en retour. J'allais le voir par surprise, sans compter les kilomètres parcourus durant la nuit.

Il avait ses qualités. Il avait ses défauts. Et je l'aimais de cette manière.

En retour, je suis devenue paranoïaque, et je n'ai plus vécu pour moi.




Aujourd'hui, j'ai 22 ans, et je vous ai raconté les 5 dernières années de ma vie.




Dans chacune de mes relations, j'ai également connu des choses joyeuses. Mais on peut connaître ce genre de moments avec n'importe qui.

Si la personne qui partage votre vie ne vous respecte pas, alors séparez-vous d'elle. Qu'on vous dise qu'on vous aime, vous pouvez le croire. Mais si on refuse de vous respecter, que ce soit dans votre intimité, dans votre manière de voir le couple… Si on vous ment, si on vous trahit, si on ne se remet pas en question. Alors sauvez-vous de là.

Je n'ai pas raconté mon expérience pour me faire plaindre. Je vous le raconte parce que beaucoup de personnes doivent avoir connu la même chose.


Je voudrais montrer à toutes ces personnes qu’il est possible de se relever.

Mon passé fait partie de moi, mais je le laisse plus loin. Il m'a rendu plus forte, et je ne dois pas rester bloquée avec. C'est mon vécu, et sans lui, je ne serai pas devenue ce que je suis aujourd'hui.

J'avance avec le présent, et si j'y arrive, c'est parce que je me sers de cette douleur comme une force pour aller de l'avant.

On appelle ça la résilience.


Mais j'avance également parce que je n'ai jamais perdu de vue mes rêves.

Je veux continuer à dessiner. Je veux savoir faire passer des messages par mes traits.



Continuez à croire en vos rêves. Ils vous permettront de toujours avancer.



Je voudrais donner la force de se relever à toutes les personnes qui ne croient plus en elles.

Je voudrais vous dire de ne jamais baisser les bras. Et que même si vous recevez les meilleurs conseils du monde, que vous avez les meilleurs amis, la meilleure famille… personne ne pourra se relever à votre place. C'est pourquoi vous devez rester forts.


Une fois que vous aurez redressé la tête. Lorsque vous commencerez à vous relever, alors vous verrez tous ces bras qui se tendent vers vous, et que vous n'aurez pas réussi à voir plus tôt.




Alors s'il vous plaît, vous qui avez lu mon récit. 

Ne baissez pas les bras. Continuez de vivre

pour vous. 


Pour vos rêves, pour vos passions.

Ne vous laissez jamais marcher dessus.